Aurélien Hantrais, fleuriste dans l’événementiel de luxe à Paris.

Passionné par l’univers floral depuis ses sept ans, Aurélien Hantrais, 24 ans, travaille chez l’un des plus grands fleuristes parisiens, Stéphane Chapelle. Aujourd’hui, il crée des scénographies fleuries, colorées, pour des événements de luxe, comme les Fashions Weeks, ou dans des lieux majestueux. Alors que ce monde lui semblait jusqu’alors inaccessible, Aurélien confirme aujourd’hui qu’il ne pourrait plus faire machine arrière : il a comme l’impression d’avoir trouvé son élément. Il nous raconte son parcours, et la rencontre avec cette professeure, devenue son mentor, sans qui il n’aurait jamais tenté l’aventure parisienne. 

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Quel est ton parcours académique ?

Lorsque j’ai quitté le collège, j’ai intégré l’ICEP Caen, où j’ai passé un CAP et un BP Fleuriste, en apprentissage, chez Potentille, à Saint-Hilaire-du-Harcouët (50). Cela a été hyper formateur pour moi, c’est une entreprise très familiale. J’y ai appris toutes les bases du métier, mais aussi la vente, la relation avec le client. Après avoir obtenu mon BP, j’ai été médaillé de bronze en régional, lors du concours du Meilleur Apprenti de France, puis j’ai été élu meilleur élève fleuriste aux lauréats de la Manche.

Comment cela s’est enchainé après ta sortie d’école ?

J’ai signé un CDD dans une autre boîte, très différente de là où j’ai réalisé mon apprentissage. L’entreprise était plus grande, il y avait quatre boutiques. J’y ai appris des choses nouvelles, plutôt sur les plantes, mais ce n’était pas ce que j’aimais dans la façon de travailler… Ensuite, et grâce à Christine, ma professeure de pratique fleuriste à l’école, j’ai trouvé un job à Saint-Lô (50) en tant que responsable de boutique. Encore une expérience très différente.

 Quel rôle a joué Christine pour toi ?

Durant mes quatre années d’études, nous avons noué des liens très forts. Notre rencontre a été déterminante pour moi : elle m’a d’abord aidé à trouver ce travail de responsable à Saint Lô, ensuite elle m’a encouragé à aller découvrir le monde de l’événementiel et du luxe à Paris. J’avais seulement vu des reportages à la télé, sur les grands fleuristes dans les hôtels ou sur les grands événements. C’est vrai que ça a toujours été attirant. Mais pour moi c’était inaccessible, il fallait être Meilleur Ouvrier de France ou Meilleur Apprenti de France pour le devenir. Je ne voulais pas y aller, et elle m’a convaincu d’au moins faire une semaine d’essai chez Stéphane Chapelle. Christine connaît très bien l’entreprise, puisqu’elle y a formé le patron, son bras droit, et moi. Lorsqu’elle vient nous rendre visite, c’est tout de suite « ça va mes trois gars ».

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Aujourd’hui, quelles sont tes missions ?

Cela fait deux ans donc, que je travaille chez Stéphane Chapelle. Je m’occupe de la partie événementiel. Quand je suis arrivé dans la boite, je faisais des livraisons de fleurs, des entretiens de plantes. Au fur et à mesure, j’allais un peu plus sur les événements. Et maintenant je ne fais plus que cela : je peux travailler dans des palaces, avec des traiteurs, sur des lancements de produit comme des parfums, ou encore sur les Fashions Weeks… Nous créons des scénographies avec des fleurs coupées, séchées, artificielles, des bougies, des images en trompe l’œil, des grands vases… On crée des univers.

Tu as découvert et expérimenté une autre facette de ton métier, comment t’es-tu adapté ?

Ce qui est très nouveau pour moi, c’est la clientèle particulière et exigeante à laquelle on a affaire. Tout ce que l’on réalise doit être au détail près, au risque de perdre le client. Il faut s’affirmer, être capable de donner un avis sincère sur la mise en scène, oser dire que ça ne va pas, que l’on va modifier. Il faut être persuasif : c’est moi le fleuriste ! C’est plus un trait de caractère qu’il faut développer. Je suis le petit de l’entreprise et je dois asseoir ma crédibilité. J’ai appris au fur et à mesure à faire cela. Au départ je n’étais pas tout seul, j’ai beaucoup regardé comment Stéphane et Brice faisaient, j’ai travaillé ma posture, appris à choisir mes mots pour être précis, pour me faire comprendre et entendre.

« Ce que j’aime aujourd’hui c’est voir l’événement nu, puis l’habiller et le décorer entièrement »

 Comment as-tu vécu ce départ à Paris ?

Je m’étais toujours dit « je n’irais jamais à Paris ». Je me souviens qu’une semaine avant, je ne voulais pas partir, j’avais peur. Peur de la vie parisienne, peur d’être loin de chez moi, de ne connaître personne. Par exemple, je n’avais jamais pris le train avant d’y mettre les pieds. Donc on prend le train, les bus, le métro, ça bouge tout le temps, c’est une vraie fourmilière. Puis on se retrouve entouré de personnes complètement différentes. Mais ça s’est super bien fait, la preuve j’y suis resté et je ne pourrai pas faire machine arrière.

 Quelles ont été (sont) tes ressources ?

D’abord ma rencontre avec Christine. Les conseils de quelqu’un qui connaît très bien le métier sont précieux pour nous éclairer sur des choses auxquelles on n’avait pas réfléchi ou qu’on ne connaissait pas. Je n’aurais jamais découvert le domaine de l’événementiel et du luxe sans elle.

Mais il faut être motivé, savoir ce que l’on veut faire, être hyper volontaire et persévérant. Moi, clairement pour évoluer de livreur, au job que j’ai maintenant, ce sont des sacrifices. Ce sont des passions, des amis, que l’on abandonne un peu. Mais on se reconstruit ailleurs. J’essaie de rentrer de temps en temps, ça fait du bien de retrouver ses racines. Là avec le confinement, j’ai retrouvé mon père, mes neveux, c’était top.  Mais je sais aussi qu’aujourd’hui, je ne veux pas faire autre chose. J’adore mon métier. C’est l’aboutissement de tout le travail fourni auparavant. Nous échangeons aussi beaucoup avec mon patron, il a confiance en moi et forcément ça y fait !

 As-tu fait face à des obstacles ?

Au collège oui. On m’avait dit que j’avais une trop bonne moyenne pour partir en apprentissage, que c’était « gâcher » un bon élève, que je n’allais jamais gagner ma vie. On me l’a répété pendant deux ans. Moi, pour être honnête, ça ne m’a jamais fait douter. Je savais où je voulais aller, je savais que la meilleure façon d’apprendre mon métier c’était l’apprentissage. On apprend toutes les techniques de base à l’école, on les applique directement en entreprise, c’est carrément concret. Le jour où l’on se présente chez un patron, il adore : on sait bosser, on sait ce qu’est le monde du travail, on est motivé. L’apprentissage a été un peu dénigré et aujourd’hui les fleuristes ont du mal à recruter des jeunes apprentis.

« Je travaille sur des événements luxueux, auxquels je ne serai jamais invité, mais j’ai la chance de voir l’événement de l’intérieur et de le créer. »

Quels sont tes objectifs aujourd’hui ?

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Franchement, j’adore le rôle que j’ai. Pour le moment je veux rester dans l’événementiel, être vraiment sur le terrain. Je n’ai pas envie d’être dans un bureau tout de suite : c’est de la relation client, de la vente, c’est hyper intéressant mais ce n’est pas le même métier. Je préfère, pour l’instant, être au cœur de l’action, construire le décor, courir après tout le monde pour dire ce qui est bien, pas bien, voir les détails, répondre aux clients qui viennent me poser des questions… Être dans le vif du sujet.