Julie, entre deux missions, lors de son périple au Canada.

Julie Garnier est patronnière-Lectra dans l’une des plus grandes maisons parisiennes : Saint-Laurent. À 26 ans, elle a travaillé chez Nina Ricci, Louis Vuitton, Chloé ou encore chez Isabel Marant. Loin de courir derrière ce sacro-saint CDI, elle a fait de l’intérim une vraie philosophie de vie : le meilleur moyen d’apprendre son métier, ses différentes applications, dans plusieurs entreprises, aux côtés d’une multitude de talents, mais également d’aller découvrir le monde. Julie est partie, entre deux missions, dix mois au Canada. Au delà d’assouvir sa soif d’aventure, c’était l’occasion pour elle de prendre du recul sur ses différentes expériences et … d’apprendre à faire des pâtés jamaïcains végétaliens. Elle nous raconte son parcours.

Quel est ton parcours académique ?

J’ai commencé par un BEP « Métiers de la mode et des industries connexes » après le collège, au lycée professionnel Les Sapins de Coutances (50). J’ai enchaîné dans le même établissement avec le Bac pro portant le même intitulé. Diplômée, je me suis orientée vers un BTS « Métiers de la mode, option modélisme » puis j’ai décidé d’intégrer la Chambre syndicale de la couture Parisienne, pour un an de perfectionnement en stylisme et en modélisme. Je n’aurais jamais imaginé au début faire 7 ans d’étude, mais avant mon année à la Chambre syndicale, mes diplômes m’orientaient surtout vers l’industrie textile. Moi ce dont j’avais toujours rêvé, c’était de travailler pour les grands noms et les grandes maisons.

Sortie de l’école, comment as-tu décroché ton premier job ?

Quand j’ai terminé l’école, j’étais un peu paumée, je ne savais pas trop quoi faire. J’étais tiraillée entre l’envie de profiter, de voyager, et l’envie d’acquérir une première expérience professionnelle. En septembre, après les vacances, j’ai reçu un mail d’une ancienne professeure de BTS. Elle connaissait quelqu’un sur Paris recherchant une candidate pour un premier emploi. Le mail n’en disait pas plus, si ce n’est qu’il fallait joindre son CV et deux ou trois œuvres réalisées. Sans savoir pour qui, ni pour quoi, j’ai envoyé ma candidature. L’entreprise a retenu mon dossier. Quatre entretiens plus tard, je devenais modéliste/patronnière chez Nina Ricci. J’y ai travaillé un an et huit mois. Ils n’ont pas pu me garder. Ma patronne là-bas, m’avait parlé de l’intérim et trois jours après ma sortie, je bossais chez Louis Vuitton. J’y suis restée trois mois pour la création d’une nouvelle collection. J’ai ensuite travaillé chez Chloé quatre mois en tant que patronnière-Lectra.

« Très tôt dans ma scolarité, on m’a dit que je ne ferai rien de ma vie. »

Peux-tu expliquer en quoi consistent les métiers Modéliste – Patronnière – Lectra ?

Mon travail diffère légèrement en fonction des maisons, chacune ayant sa propre organisation. Pour décrire les choses simplement, il y a souvent deux entités dans les maisons. Une partie bureau, une partie production. Pour comprendre les étapes, le directeur artistique donne des directions au styliste, qui lui va dessiner et imaginer le vêtement. Ensuite le modéliste studio le crée : le vêtement passe du dessin au réel. Là, intervient le défilé de la collection, sur des mannequins de taille 36.

Les jours suivants, tous les vêtements sont réessayés en showroom sur un mannequin de taille 38, la taille qui nous sert de référence pour décliner la pièce ensuite en 34-36-40-42-44-46 selon les maisons. À ce moment là, en tant que modéliste du bureau d’études, je fais les retouches nécessaires et les enregistre sur une fiche pour chacun des vêtements. Ensuite, avec ma casquette de patronnière – Lectra, je récupère cela, et retranscris sur le logiciel Lectra, mon outil de travail principal, la forme et les mesures des vêtements, pour pouvoir les grader : mettre les mesures pour toutes les tailles. Enfin, le travail part aux façonniers, qui, eux, vont coudre le vêtement. Si tout est ok, le vêtement est envoyé à la partie production.

Peux-tu donner des exemples de pièces sur lesquelles tu as travaillé ?

Parmi celles qui m’ont marqué il y a une robe que j’avais faite chez Nina Ricci pour Gigi Hadid, et chez Saint-Laurent, j’ai travaillé sur la robe que Zoé Kravitz portait lors des Golden Globe Awards 2020.

 « Partir à l’étranger, c’est se découvrir, connaître sa zone, connaître ses limites, les repousser»

Tu es partie dix mois au Canada en 2018, dans quel but ?

L’avantage de l’intérim, c’est qu’on a le choix de poursuivre sur une autre mission, ou de voyager. À 24 ans, j’avais besoin de prendre un peu de recul, de grandir, de savoir si ce que je faisais était bien ce que je voulais faire. Je pense que c’est aussi propre à mon caractère, j’avais besoin de comprendre un peu plus le monde. J’ai commencé par travailler aux côtés de Carolyn, une jeune entrepreneure qui a monté son business de pâtés jamaïcains végétaliens à Montréal. Je pense que c’est la femme la plus forte que je connaisse, elle m’a beaucoup inspirée. Puis j’ai entamé un road-trip.

À mon retour, les gens m’ont trouvé changée. Moi-même je l’ai ressenti : j’étais plus posée, j’ai compris qu’être heureuse, c’est être en accord avec soi-même. En fait, je pense que c’est vraiment ça que le voyage m’a appris : je suis capable de faire les choses par moi-même, il faut se faire confiance. C’est hyper important d’avoir cette connaissance de soi et cette ouverture au monde. Ça évite de suivre un fil tout bête, sans même savoir ce que tu veux et ce que tu peux faire.

As-tu eu d’autres expériences, qui t’ont aidé à te construire ?

Pendant mon année à la Chambre syndicale de la couture Parisienne, j’ai dû travailler chez Mac do pour payer mon loyer. Mes parents m’aidaient financièrement. Mais Paris est une ville chère, donc c’était pour moi inévitable d’avoir une activité à côté du statut d’étudiante. J’ai adoré bosser là-bas parce que c’était en totale opposition avec le monde de la mode, que je fréquentais, et où chacun garde ses petits secrets, tout est très fermé, assez superficiel. Au Mac do, c’est « Venez comme vous êtes », l’ambiance y était très chaleureuse et conviviale. Expérience enrichissante, j’ai rencontré de vrais potes, c’était ma bouffée d’air frais.

Durant ce parcours, as-tu rencontré des obstacles ?

Quelques-uns. C’était très tôt dans ma scolarité, on m’avait dit que je ne ferai rien de ma vie. Ensuite, c’est lorsque je suis arrivée en BEP, le premier jour, ma prof nous avait dit : « si vous êtes ici pour devenir styliste, ne rêvez pas ! ». Et puis le moment où j’ai voulu poursuivre mes études après mon Bac pro, où l’on m’a fermé des portes parce que je ne sortais pas d’une filière générale. Je suis très fière de mon parcours, je n’ai jamais rien lâché, je me suis battue. Mais j’aurais souhaité être plus aiguillée sur les études à faire. Je n’ai jamais trop apprécié l’école, et à la fin du collège on m’a envoyé vers une voie professionnelle parce que soit disant je n’avais pas le niveau pour aller en générale. Mais je me suis aperçue par la suite que ça m’avait fermé les portes du design textile et du stylisme.

Quelles sont les ressources qui t’ont aidé à avancer ?

Déjà, mon entourage a été très porteur. Je savais que dans les moments de doute, j’allais être épaulée. Je pense aussi que je suis de nature persévérante et lorsque je décide quelque chose, j’y vais déterminée un max. Je n’ai jamais renoncé à ce rêve de vouloir travailler dans la mode, même si ça n’a pas toujours été simple, je ne me suis jamais démotivée. Beaucoup pensent qu’il suffit d’aimer se fringuer pour devenir styliste… Dans la vie, je fonctionne avec des objectifs, c’est ce qui me pousse à faire les choses. Et justement, je travaille sur le prochain…